Pendant trois semaines à Bali, j'ai surfé sur une vague magnifique.

Avec un détail.

Sous la surface, il y avait du corail. Et quasiment pas de profondeur. Si je tombais, je me ferais mal. Pas un peu mal. Vraiment mal.

Trois semaines comme ça.

À surfer avec, en permanence, cette notion du danger dans le dos. À calculer chaque vague. À mesurer chaque mouvement. À refuser toutes les prises de risque inutiles.

J'ai bien surfé. Mais j'ai surfé en pilote prudent.

Et puis je suis rentré.

La session qui change la lecture de tout

Première session à Hossegor. Belles vagues. Sable en dessous.

Je me mets à l'eau, sans plus y penser.

Et là, quelque chose se passe que je n'avais jamais vécu.

Je prends des vagues que je n'aurais jamais prises avant. Je pars à la dernière seconde, en late take off. Je vais sur tout ce que je veux. Je suis en contrôle total. Pas hésitant. Pas contracté. Libre.

Pour la première fois, j'ai la sensation très nette que je peux faire ce que je veux. Que rien ne me freine. Que mon corps répond exactement comme je l'attends.

Ce n'est pas un bon jour de surf.

C'est un état que je n'avais jamais connu.

Le décodage qui change tout

Sur le moment, j'ai mis ça sur le compte de la chance, ou de la forme du jour.

C'est en y repensant ensuite que j'ai compris ce qui s'était vraiment passé.

Je n'avais pas appris à mieux surfer en deux semaines.

Mon niveau technique n'avait pas bougé. Mes muscles, mon timing, ma lecture de la vague. Aucun de ces paramètres n'avait progressé pendant le vol de retour.

Ce qui avait changé, c'était autre chose.

Les trois semaines à Bali avaient recalibré mon référentiel intérieur du danger. En arrivant à Hossegor, mon cerveau a comparé la situation au corail balinais et a conclu, en silence : zéro danger ici.

Et au moment où ce verdict est tombé, un frein s'est levé.

Un frein que je portais probablement depuis mes débuts en surf, sans jamais en avoir conscience.

Un frein qui ne se présente pas à toi comme un frein.

Il se présente comme toi-même.

Comme ton niveau.

Comme ce dont tu es capable.

Ce jour-là, j'ai eu accès, pour la première fois, à ce que je savais déjà faire.

Ce que ça change pour un dirigeant

Ce qui s'est joué sur l'eau ce jour-là ne concerne pas que le surf.

Il y a une distinction simple, et brutale, qui se cache derrière cette expérience :

Tes limites perçues ne sont pas tes limites réelles.

Tes limites perçues sont la trace d'un système de protection.

Tes limites réelles, tu ne les connais quasiment jamais. Parce qu'à peu près tout ce que tu vis se passe à l'intérieur des limites perçues.

Et la confusion entre les deux est, à mon avis, l'une des causes les plus profondes de ce qu'on appelle le "manque de confiance en soi".

Quand un dirigeant me dit "je ne pense pas en être capable", dans la grande majorité des cas, ce n'est pas un problème de capacités.

C'est un frein.

Un frein qu'il prend pour son plafond.

Pourquoi le dirigeant est particulièrement concerné

Plus tu portes d'enjeux, plus ton système de protection s'active.

C'est physiologique. C'est normal. C'est même utile. Le cerveau a été conçu pour ça : repérer le risque et ralentir.

Mais à très haute dose, ça produit un effet pervers.

Tu finis par vivre ton quotidien comme moi sur le corail à Bali. Avec, en permanence, une vigilance de fond. Une retenue. Une prudence par défaut. Un calcul invisible avant chaque décision.

Et au bout de quelques années, cette retenue est devenue ta normale.

Tu ne sens plus le frein, parce qu'il est branché en permanence.

Tu confonds ton état "freiné" avec ton état naturel.

Tu construis ta vision de toi-même à partir de ce que tu fais dans cet état là.

Et tu te dis :

"Je ne suis pas un dirigeant qui prend des risques."
"Je ne suis pas quelqu'un qui parle bien en public."
"Je ne suis pas du genre à vendre cher."
"Je ne suis pas à l'aise pour incarner."

Alors qu'en réalité, tu n'en sais rien.

Tu ne sais pas ce que tu donnerais sans frein, parce que tu n'as quasiment jamais surfé à Hossegor.

Apprendre à reconnaître le frein

La bonne nouvelle, c'est qu'on peut apprendre à le voir.

Le frein laisse des traces. Mais subtiles. Il faut s'entraîner à les repérer.

Voici les signaux les plus fréquents :

Chacun de ces signaux peut, en réalité, être l'expression du même mécanisme. Pas un défaut. Pas un manque de capacités. Juste un système de protection sur-activé.

Voir le frein pour ce qu'il est, c'est déjà commencer à ne plus le confondre avec toi.

La ressource d'or que personne n'utilise

Maintenant, l'enjeu n'est pas seulement de voir le frein.

C'est d'apprendre à le lever quand tu le décides.

Et pour ça, tu as un outil que tu sous-estimes complètement.

Tu as, toi aussi, ton Hossegor.

Pas forcément sur l'eau. Peut-être dans le sport. Peut-être dans une prise de parole un jour qui a basculé. Peut-être dans une décision que tu as prise sans peser, et qui a marché. Peut-être dans un voyage, ou dans une nuit où tu as eu, l'espace de quelques heures, accès à un toi sans frein.

Ces moments-là, tu les as probablement catalogués comme "souvenirs agréables".

Ils sont infiniment plus que ça.

Ce sont des preuves intimes, ancrées dans ton corps, que quand le frein tombe, tu as accès à quelqu'un que tu ne connais presque pas, et qui est pourtant toi.

Ces preuves sont une ressource d'or, parce qu'elles ne sont pas conceptuelles. Elles ne sont pas discutables. Elles sont vécues.

Tu n'as pas à te convaincre que tu en serais capable. Ton corps sait que ça a eu lieu.

Et c'est exactement à partir de cette base que tu peux apprendre à rallumer cet état, dans les moments qui comptent.

C'est précisément le rôle de l'imagerie mentale, l'outil le plus utilisé par les athlètes pour rallumer un état-ressource avant un moment à enjeu.

La vraie promesse

Soyons honnêtes.

Ce n'est pas en une lecture d'article que tu vas désactiver des freins qui sont en place depuis des décennies.

Et tu ne vivras pas non plus en état de flow permanent. Personne ne le fait.

Mais ce que tu peux changer, dès maintenant, c'est la lecture que tu fais de tes limites.

Tu vas arrêter de prendre ton frein pour ton plafond.

Tu vas commencer à entendre, derrière la phrase "je n'en suis pas capable", la vraie phrase qui se cache : "un système de protection s'active là, et je ne sais pas encore comment le désactiver."

Et ça change tout.

Parce que dans la première version, tu es coincé.

Dans la deuxième, tu as un chemin.

Pas parce que tu vas apprendre à devenir un autre.

Parce que tu vas apprendre à accéder à celui que tu es déjà, quand le frein tombe.

La confiance en soi a beaucoup de couches.

J'en ai évoqué trois dans l'article précédent : les preuves, l'identité, la régulation.

Celle d'aujourd'hui est une quatrième, plus discrète, mais peut-être la plus libératrice : la conscience que ce que tu prends pour ton plafond n'est, le plus souvent, qu'un frein.

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Thibault

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